Bilan un an après la Conférence familiale
Une coordinatrice nous envoie « pour information » le bilan d’une rencontre une année après la Conférence.
La Conférence familiale initiale, a été organisée pour mieux « faire famille ». La demande était venue de la mère, attristée de ne pas être devenue la maman qu’elle avait désiré être. Un beau-père ayant du mal à trouver sa place et des enfants qui participaient rarement à la vie familiale, obsédés par leur téléphone. Les membres de cette famille communiquaient peu.
La question centrale de la Conférence familiale : « Comment redevenir la maman qu’elle a toujours voulu être : aimante, à l’écoute, dans le partage, dans la communication, tout en étant respectée et soutenue, dans un cadre éducatif sécurisant pour les enfants ? »
Entretien du 30/10/25 avec Mme S. pour l’évaluation du plan d’action
Selon Mme S, la Conférence familiale a été une 1ère étape importante qui a permis d’identifier un réel problème au quotidien. Elle a été une prise de conscience des difficultés vécues par la famille, et elle a permis de tirer la sonnette d’alarme auprès des proches.
Dans le « Plan d’Action » 2 règles avaient été défini comme indispensables à la vie collective de la famille.
1 : Respect, c’est-à-dire pas de cri, pas d’insulte.
Mme S. a mis en place de la Guidance Parentale avec le CHU de Montpellier pour l’aider à adapter son positionnement.
Son changement dans sa manière de faire a provoqué un changement de comportement de J., le plus jeune de ses fils. Après des excès de violences de J. Mme S a chercher des solutions auprès des professionnels. Finallement il y a eu un diagnostic pour son fils, une anxiété +++ et un trouble du spectre autistique (TSA). J. est maintenant accompagné dans la gestion de ce trouble et a un traitement médicamenteux.
Mme S. reconnaît un vrai changement dans le comportement de son enfant et une baisse importante pour J. de son niveau d’angoisse et de stress. Elle comprend mieux les difficultés de J. et a trouvé des outils adaptés au besoin de son enfant.
2 : Participation aux tâches :
Mme S. explique qu’aujourd’hui toute la famille participe à débarasser la table.
Son fils aîné M. participe volontiers aux courses et aide facilement à la maison.
C’est un peu moins systématique pour J. mais il participe de temps en temps volontairement en aidant à préparer le repas ou en mettant la table.
La question de la gestion des écrans étaient revenue de manière régulière dans la préparation à la Conférence familiale : les écrans restent très présents dans le quotidien des enfants mais il y a aujourd’hui une meilleure acceptation du Stop avec moins de crise.
La place de la règle est mieux acceptée. Les choses de la vie simple ne sont plus une montagne.
Il y a donc moins de tension à la maison.
Aujourd’hui, Mme S. peut mettre des mots sur les choses compliquées. Il y a plus de calme et d’apaisement.
Elle explique que par rapport à son objectif de la Conférence familiale : redevenir la maman qu’elle a toujours voulu être. L’objectif est complètement atteint.
Elle a cheminé et revu ses ambitions d’une famille recomposée idéalisée, heureuse et en capacité de passer 15 jours en vacances de manière sereine. Mais elle n’est plus aujourd’hui une maman présente que pour l’aspect disciplinaire. Elle passe de bons moments avec chacun des membres de sa famille et accompagne ses enfants vers l’autonomie et des projets propres à chacun.
Selon Mme S, la Conférence familiale a donc été un point de départ. Il était nécessaire qu’il y ait du changement, ça a enclenché une démarche de résolution. Cette démarche ne se serait pas mise en place sans la Conférence.
Elle a aussi permis d’enclencher le Réseau de Soutien, concept qu’elle a retrouvé dans la démarche de Guidance Parentale.
Manque d’intérêt parental ou manque de soutien ?
Une histoire d’une Conférence familiale des Pays-Bas
Anna, âgée de cinq ans, et son frère de 4 ans grandissent avec des parents d'accueil temporaire. Selon les travailleurs sociaux, les parents n'ont contacté les enfants que par téléphone tout au long de l'année et n'ont manifesté aucun intérêt à les rencontrer en personne. Une Conférence est demandé par l’ASE.
Cependant, lorsque la coordinatrice de la Conférence familiale a rendu visite aux parents, elle a découvert autre chose : des parents actuellement sans abri, parlaient de leurs enfants bien-aimés et des photos de leurs enfants étaient accrochées aux murs de la modeste chambre. L’intérêt pour leurs enfants n'avait jamais disparu, mais ils n'avaient pas le soutien nécessaire pour établir le contact. Souvent, ils n'avaient pas d'argent pour le téléphone, et encore moins pour un voyage pour aller les voir.
Au cours des préparatifs, la coordinatrice a pris contact avec la famille élargie et la famille d’accueil et a réussi à organiser la Conférence familiale. C’est devenu un moment clé : pour la première fois depuis longtemps, tout le monde s’est retrouvé. La famille est à la recherche d'un soutien et planifie les prochaines étapes, en commençant par rétablir les liens avec les enfants. Toutes les personnes présentes ont échangé leurs coordonnées avec les parents d’accueil et se sont mises d'accord sur les premières visites ce jour-là.
Depuis lors, il y a des contacts réguliers et les enfants passent quelques week-ends avec des membres de leur famille. Bien que les parents continuent d'avoir une situation de logement difficile et n'aient pas encore les conditions nécessaires pour récupérer leurs enfants, la conférence a réussi à rétablir et à renforcer les liens familiaux.
Cette histoire nous rappelle que la plupart des parents aiment leurs enfants - ils manquent souvent de ressources (pas seulement financières) et de soutien pour rester en contact avec eux. La Conférence familiale peut être un pont qui aide les parents à retrouver leur chemin vers leurs enfants et nous rappelle que chaque famille a des ressources, mais qu'ils ont parfois besoin d'être redécouverts.
Les amis de la mosquée
Une maison de retraite nous avait demandé d'organiser une Conférence familiale pour un pensionnaire âgé souffrant de démence légère. Il recevait peu de visites et ne pouvait plus sortir en autonomie.
Un coordinateur de CF lui a rendu visite. Lors de la première conversation, il lui a dit qu'il avait peu de contacts avec sa famille. Ses frères et soeurs vivent au Maroc, dont il est également originaire. Sa femme est décédée et il a un fils, qui a un travail très prenant et ne lui rend pas souvent visite.
Le coordinateur : « Je lui ai demandé ce qui était important dans sa vie. Ses yeux se sont mis a briller et il a dit, ‘mes amis de la mosquée’ et il a cité des noms. »
Préparation
L’homme âgé, ne connaissait aucune adresse ni aucun numéro de téléphone de ses amis. Il avait l'habitude de les rencontrer à la mosquée.
Le coordinateur : « Je suis donc allé à la mosquée et les hommes étaient heureux qu'il ait pensé à eux. Ils ont immédiatement dit qu'ils voulaient faire plus pour lui et l'un d'eux a demandé s'il pouvait lui rendre visite ». Je les ai mis en contact.
Après la visite, cet homme m'a appelé : « Nous allons organiser une réunion pour lui », a-t-il dit. « Nous allons organiser ça nous-mêmes, à la mosquée, avec tous les amis. »
Ils ont ensuite commencé à travailler seuls, mais on m'appelait tous les jours pour savoir comment s’y prendre. Ils souhaitaient également obtenir des informations auprès de la municipalité, comment faire la demande d’un scooter de mobilité. Par ailleurs, leur ami souhaitait prendre des cours de néerlandais et ils voulaient avoir tous les renseignements nécessaires.
Fierté
Durant la phase de préparation, j’ai réuni les informations et j’ai invité un membre de la municipalité à la réunion. Les amis ont invité les gens et ont tout préparé.
Mes conseils et mon aide à la préparation ont suffi, sans que j’ai besoin d'être présent à la conférence.
Ensuite, ils m'ont appelé : « Nous avons fait un bon plan ! On demande un scooter de mobilité pour qu'il puisse se rendre à la mosquée tout seul. Pour l'instant, nous allons le récupérer. Nous nous assurons qu'il reçoive des visites fréquemment ». Il a commencé également les cours de néerlandais. Ils ont contacté le fils et ils vont fournir un ordinateur à leur ami pour qu'il puisse avoir des contacts avec sa famille au Maroc.
Ils étaient très fiers et heureux et moi aussi.
Une histoire de Conférence familiale en Ecosse
Jordan avait 13 ans lorsqu'il a été adressé par l’assistante sociale au service de Conférence familiale afin d'étudier la possibilité de retrouver des liens familiaux.
Sa mère était malheureusement décédée et il n'avait jamais eu de relation avec son père, qui vivait en dehors de la région. Depuis qu'il a été placé en famille d'accueil, Jordan a maintenu une relation avec les membres de sa famille maternelle, mais n'a plus aucun lien avec sa famille paternelle.
Nous avons convenu que je rencontrerai sa tante paternelle et que je lui ferai part de mes observations. Il a également parlé d'une ancienne voisine qu'il aimerait voir, ainsi que d'un couple chez qui il avait l'habitude de séjourner pendant des vacances. Nous avons également évoqué la possibilité de créer un arbre généalogique pour Jordan, afin qu'il puisse identifier clairement les membres de sa famille.
J'ai rencontré la tante de Jordan, Karen, sa voisine, Mary, et son ancienne aide-soignante, Jessica. Toutes ces personnes étaient très heureuses de voir Jordan et étaient prêtes à devenir des « liens à vie ». Mary et Jessica ont parlé de Jordan avec beaucoup d'affection et ont gardé d'excellents souvenirs de lui. Lorsque j'en ai parlé à Jordan, il était ravi, mais il voulait garder les relations séparées et ne pas rencontrer tout le monde. Nous avons organisé une réunion avec Mary, Jessica, et sa famille d'accueil, et elles ont élaboré un plan prévoyant une rencontre mensuelle avec Jordan. En parallèle, Jordan a commencé à voir sa tante et, après une réunion, un plan a été établi pour qu'il la voit tous les quinze jours.
Jordan a maintenant 15 ans et il voit Mary et sa famille tous les mois ; il va régulièrement rendre visite à Jessica et il est en contact permanent avec sa tante Karen. Tous se sont engagés envers lui. Il a rencontré ses demi-frères et sœurs et leur parle régulièrement.
En outre, nous avons créé un arbre généalogique à l'aide de documents publics. Jordan en a été ravi !
Ce processus lui a permis de développer son sentiment d’identité et d'en savoir beaucoup plus sur sa famille élargie.